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Vous avez dit spiritualité ?
Le corps, les sentiments et l'intelligence dans la spiritualité
Je vous exhorte donc, frères,
par les compassions de Dieu, à présenter votre corps comme une victime
sacrificielle vivante, sainte, agréable à Dieu - c'est là, de votre part, le
culte spirituel; et ne vous modelez pas sur ce monde, soyez, au contraire,
transformés par le renouvellement de l'intelligence, pour savoir estimer ce qui
est la volonté de Dieu, le bien, agréable [à Dieu] et parfait
(Romains 12.1-2).
A quoi tient la vogue présente du mot " spiritualité" ? Tiendrait-elle au
vague de la référence? "Spiritualité " fleurait naguère la tradition catholique,
avec association des deux disciplines qu'on appelait ascétique et mystique.
Si le mot se répand ailleurs aujourd'hui, c'est au prix d'un estompage de ses
contours, et son imprécision même semble faire son succès. Chacun peut le
comprendre à sa guise ou, surtout, chacun peut se complaire dans une
demi-compréhension brumeuse où les questions gênantes n'apparaissent pas.
Nous avons pour vocation de résister aux facilités du crépuscule, au lâche
confort de l'entre-deux. Paroles droites, sentences nettes, sobriété du jour et
lumière sans mélange, voilà ce qui caractérise la ... spiritualité biblique.
Nous ne progresserons en elle que si nous clarifions sa notion, et la façon dont
elle nous implique.
Quelle définition pourrait convenir ? Pour éviter de nous perdre dans le
nébuleux ou de tellement embrasser que nous ne pourrions plus étreindre que de
vagues généralités - comme lorsqu'on définit " Vivre l'évangile " - je propose :
la spiritualité est la forme donnée à la relation concrète avec Dieu. Au lieu de
"forme ", j'aurais pu choisir " style " ou " physionomie "mais ces métaphores
risquaient de se révéler trop étroites.
De la spiritualité relèvent aussi bien que le culte rendu à Dieu que
l'expérience de ses bienfaits, dans leur dimensions individuelle et
communautaire ; aussi bien les traits caractéristiques, à décrire, que les
procédés mis en oeuvre, inconsciemment parfois, pour les induire. On reste
proche de la " piété ", comme on disait autrefois, ou plus exactement de
l'exercice de la piété (1 Tm 4.7), avec la note supplémentaire d'un certain
style associé.
Le théologien australien Robert Banks posait, quant à lui, la définition
suivante : " Les caractères et qualités de notre vie avec Dieu, avec les autres
chrétiens et dans le monde. C'est d'abord l'oeuvre du Saint-Esprit, mais, c'est
évident, notre propre esprit y prend part. Et non seulement notre esprit *
- mais notre intelligence, notre volonté, notre imagination, nos sentiments
et notre corps . " Cette proposition a l'intérêt d'introduire plusieurs termes
clés de l'anthropologie biblique : une fois définie la spiritualité, les débats
tournent très souvent sur la part qui revient au corps, aux sentiments, à
l'intelligence.
Le protestantisme se fait souvent accuser de rester " cérébral " et le
piétisme de dissoudre les éléments objectifs de la relation avec Dieu dans le
sentiment, voire le sentimentalisme. Aux yeux des héritiers de la Réformation,
le catholicisme faisait jouer au corps un rôle excessif, avec son ritualisme
élaboré, avec ses pratiques de mortification (on se rappelle la ceinture garnie
de clous que s'infligeait Pascal, et qui lui déchirait la chair). D'une tout
autre façon, l'accent corporel fait aussi l'originalité des pentecôtismes, avec
la guérison et les manifestations extérieures. Je voudrais aborder précisément
cette question du "fonctionnement " humain dans la spiritualité, de
l'implication des principales composantes de la personne : au moins situer les
problèmes et orienter la réflexion.
La difficulté concerne le comment. Comment discerner ce qui convient, ce qui
est bon, agréable à Dieu et " parfait ", téléios, en harmonie avec le but de
notre existence et la pleine maturité? Il est si facile d'être entraîné par son
tempérament et son goût personnel ; ou bien par les habitudes qu'on a prises, à
moins qu'on ne soit chatouillé par un perpétuel désir de nouveauté; ou bien par
les traditions trop humaines de son Eglise, à moins qu'on ne surfe sur les modes
qui déferlent...
Il y a une place légitime pour les préférences individuelles ou collectives,
pour le respect dû aux antiques usages, pour l'effort d'adaptation à l'actualité
(plutôt qu'aux modes d'il y a vingt ans, ou quatre-vingts !). Mais notre
recherche sera vaine, ou pire, si elle se laisse régir par de tels facteurs. En
matière de spiritualité suprêmement, ce qui doit primer sans partage, c'est le
souci de plaire à Dieu. Sans ce souci, ce n'est même pas la peine de commencer;
on court au désastre.
Les critères du discernement
Avec le souci avant tout de plaire à Dieu, quels indices, repères, critères,
peuvent nous aider? Les indications bibliques sur le corps, les sentiments et
l'intelligence dans l'expérience chrétienne et dans l'exercice de la piété
constituent évidemment la première référence...
Henri BLOCHER
* Robert Banks, " Home churches and Spirituality ", Intetchange 40, 1986, p.
15, comme cité par David Parker, " Evangelical Spirituality Reviewed ",
Evangelical Review of Theoløgy 16, 1992, p. 155.

Du livre "La Spiritualité"
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